Des photos que je n’aime pas voir !
Les sites de discussion ou les forums sur la chasse à la sauvagine pullulent ce qui nous permet d’échanger sur notre activité préférée, ce qui est bien et intéressant. Ce qui ne l’est moins, ce sont certaines photos de caches ou chasseuses recouvertes de phragmite, ou selon son épellation vernaculaire, le roseau commun (Phragmites australis subsp. australis), une plante exotique envahissante originaire d’Eurasie. Dotée d’un réseau racinaire blindé, lui permettant de coloniser des milieux appauvris, tels les horizons de sol C, ou minéral exposé suite à des travaux d’entretien de fossés par exemple, cette plante est un compétiteur coriace pour les plantes indigènes de nos milieux humides, comme la quenouille. Une fois installée, ce roseau est très difficile à déloger. En effet, son système racinaire est composé d’un réseau très dense de rhizomes, qui sont des tiges souterraines charnues contenant les réserves énergétiques de la plante. Ils peuvent croître jusqu’à à une profondeur de 85 centimètres (3 pieds) dans le sol.
Comme il s’agit d’une plante difficile à irradier, et étant donné ses effets nuisibles sur l’environnement, comme réduire la végétation indigène, offrir un habitat pauvre comportant peu ou pas de nourriture, en particulier pour des espèces à statut précaire, et nuire à l’agriculture, entre autres choses, il importe de prévenir sa dispersion. En tout premier lieu, il faut éviter de la transporter, même en retirant les fleurs/fruits, il y a risque de propagation. Plusieurs sauvaginiers fréquentent les marais et milieux humides encore vierges où la phragmite n’est pas encore établie, il serait dommage de les souiller avec cette plante envahissante difficile, voire impossible, à éliminer par la suite dans de tels milieux! Je vous propose cette lecture pour en savoir plus:
–Le roseau commun (Phragmites australis) une menace pour les milieux humides du Québec? et un document de gestion pratique: Phragmite envahissant – Pratiques de gestion exemplaires 2011.
Photo 1: feuilles du roseau commun
Photo 2: fleurs du roseau commun
Une alternative pour camoufler caches et chasseuses ?
Pour les chasseuses, vous pouvez utiliser du scirpe ou des joncs communs poussant le long des berges des milieux humides. En plus de représenter moins de danger pour l’environnement, ces plantes se marient très bien avec les habitats où vous chasserez. La quenouille peut être utilisée, mais elle a tendance à s’effriter avec le temps. Pour contourner cet inconvénient, il suffit de confectionner de petits fagots de 10 à 12 tiges attachées ensemble avec de la ficelle ou de la corde de jute. Ensuite, vous les disposez sur la structure de votre embarcation qui sert à vous camoufler.
En ce qui concerne les caches au champ (en «A» ou couchées), j’utilise la partie végétative de l’alpiste roseau (Phalaris arundinacea), une plante circumboréale, se retrouvant en Asie, Europe et Amérique du Nord. Cultivée en Asie et en Europe depuis au moins le siècle dernier comme plante fourragère pour nourrir le bétail, des variétés améliorées par l’agriculture furent introduites en Amérique du Nord, mais s’hybridèrent rapidement avec les populations indigènes. Elle est encore cultivée dans l’ouest du Canada où elle est appréciée pour sa tolérance aux longues périodes d’inondation. Elle ne prolifère au Québec que sur le territoire compris entre le Lac Saint-Louis et le Lac Saint-Pierre et elle n’est pas considérée comme une espèce envahissante très problématique, même si la surveillance de sa propagation reste de mise. Je l’utilise comme couche de fond, j’ajoute les plantes qui se trouvent à proximité du site de chasse du jour et des branches d’arbre pour raffiner le camouflage de mes caches en «A».
Photo 3 et 4: chasseuse recouverte de joncs indigènes se confondant à merveille avec les talles d’herbacés émergents bordant la rive.
Photo 5: un couple de canard malard récolté à partir de la chasseuse bien camouflée.
Photo 6: alpiste roseau en floraison.
Photo 7: caches en «A» recouvertes d’une couche de fond d’alpiste roseau et de plantes locales, dont des branches d’arbrisseaux et d’arbres.
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Silhouettes, est-ce efficace et comment les utiliser ?
Cette question pourrait faire l’objet d’un article à elle seule, mais pour répondre aux personnes qui me l’ont posée, j’ai un ami qui ne chasse qu’avec 96 silhouettes de bernache, dont certaines toutes noires, avec un succès assez régulier. On les dispose en cercle d’environ 3 ou 5 m de diamètre, comme une trace de tracteur, deux à deux à angle ouvert, avec entre 10 à 16 pièces par cercle.
Pour ma part, je les mélange avec les autres appelants que j’utilise pour ajouter du réalisme au plan. En effet, les appelants pleine forme comportent souvent deux ou trois poses au maximum. Plusieurs compagnies offrent des paquets de 12 pièces de silhouettes qui comportent également 12 poses différentes très naturelles (photo 8). Elles me permettent aussi de «gonfler» le plan quand je chasse à la passe sur un corridor de vol et non sur un site qui contenait des bernaches la veille (photo 9). Il faut prendre garde de laisser plus d’espace entre les appelants pleine forme quand on les installe si on prévoit y ajouter des silhouettes par la suite, sinon le plan sera trop serré et imitera des oiseaux effrayés qui se regroupent avant de décoller!
Pour terminer, je n’ai jamais utilisé ce type d’appelant pour chasser le canard au champ, mais certains le font. Cependant je n’ai jamais vu aucun chasseur d’oie blanche s’en servir.
Photo 8: remarquez les différentes poses des silhouettes parsemées parmi des petites familles d’appelants pleine forme.
Photo 9: grand plan étendu de chasse à la bernache comportant plusieurs silhouettes.
Biologie et aménagement
J’aurais pu utiliser le sujet du premier bloc pour cette section, mais l’approche était plus une de prévention que d’aménagement de la faune! Mais laissez-moi faire un retour sur un des sujets abordés lors de la chronique de septembre, la date tardive de l’ouverture de la saison de chasse normale à la sauvagine cette année (dans l’est de l’Ontario), dont celle des canards. Bien que plusieurs personnes aient réussi d’assez beaux tableaux de chasse, pour ma part, en trois sorties, nous avons constaté mes aides guides et moi que presque tous les malards et canards noirs présents les jours précédents avaient disparu des sites de chasse. Même le propriétaire de la terre où je chasse, qui allait les observer presque chaque matin de loin pour son plaisir, m’a demandé où ils étaient passés et pourquoi ils avaient quitté la région? J’ai aussi questionné des chasseurs voisins et de la même région, eux aussi ont fait le même constat le matin de l’ouverture cette année, le 28 septembre dernier, la majorité des espèces abattues étaient des canards branchus et des sarcelles à ailes vertes principalement, et quelques-unes à ailes bleues. Comme je le soulignais dans ma dernière chronique, nous avons bien vu quelques petits voiliers de gros canards voler ici et là qui allaient dans toutes les directions, mais en groupes désorganisés.
Photo 10: une chance que ces canards locaux, qui migrent surtout quand le froid les pousse, étaient encore présents pour nous fournir un peu d’action à l’ouverture!
Mais que vise une telle stratégie d’ouverture tardive ?
J’ai fouillé plusieurs sources de renseignements sur le site du gouvernement canadien concernant les oiseaux migrateurs, dont le résumé des stratégies de gestion de la chasse pour les années en cours, de même qu’une étude sur la nidification des canards, mais je n’ai trouvé aucune explication solide pour justifier une ouverture aussi tardive. Je vais envoyer ma question directement aux biologistes du Service Canadien de la Faune, et je vous reviens, si possible, avec une réponse sensée!
Anecdote sauvaginière
L’esprit de camaraderie
Comme vous le savez, depuis plusieurs années, la limite quotidienne de bernache en octobre dans nos régions est de trois prises par chasseur. Régis, sa fille et ses amis viennent depuis presque deux décennies chasser la bernache. Chaque sortie apporte son lot de beaux souvenirs et de rires issus des «tirages de pipe» amicaux que nous nous lançons sans ménagement, mais toujours dans un esprit de belle et franche camaraderie! Nous arrivons au point de rendez-vous mon aide Sébastien et moi, à l’heure, mais, suivant sa vieille et légendaire habitude, notre ami arrive en retard, une ou deux remarques quasiment désobligeantes plus tard, qui ont suscité beaucoup de rires chez les autres participants à la sortie, nous partons enfin pour le site de chasse de la journée. J’aime bien et j’apprécie que les gens aident à l’installation du plan et de la cache, eux aussi d’ailleurs, ce que nous faisons de bon aloi dans la bonne humeur. La chasse débute, les bandes sont petites au début, les tireurs «rouillés», pas mauvais pour la conservation de la ressource, mais moins pour le tableau de chasse!
Finalement, une grosse famille entre et se jette au plan, je donne le signe de préparation de tir, tous se lèvent derrière les panneaux des caches, et «GO!» mon aide et moi les laissons tomber, permettant ainsi aux chasseurs, déjà debout en position de tir, de faire feu vers l’attroupement de bernaches posé à 26-27 m d’eux, soit une portée idéale pour ce type de chasse au champ. «Bing, bang, bing bang,» ça mitraille, mais seulement trois oiseaux sont réellement abattus, les autres, dont nous constaterons plus tard qu’il s’agissait de jeunes de l’année blessés ou désorientés, restent au sol et commencent à piailler! Pour des raisons évidentes de sécurité, nous dirigeons toujours la chasse, dont les tirs, même en ce qui concerne les oiseaux blessés, alors je lance «OK repeat » ce qui signifie qu’ils peuvent achever les oiseaux encore actifs au sol. Et là, surprise, j’entends «bang» par ici, «bing» par-là, mais à un rythme vraiment lent… Je relance le fameux «repeat», et je n’obtiens pas plus de réaction!!! Alors je décide de fouetter la troupe et je leur dis: «Hé ben, une chance que vous n’êtes pas à la guerre, vous seriez déjà tous morts»…. Stupéfaction totale, au lieu de reprendre les tirs avec vigueur, tous se mettent à pouffer de rire, certains se tapent même sur les cuisses et sont «crampés ben raide» comme on dit!
Plus tard, à la sortie du champ, ce fut le traditionnel lunch de fin de chasse avec pâtisseries, viandes froides, petits sandwichs de mariage, comme je les appelle, sans croûte, et des crudités, un festin quoi quand le dernier repas remonte à cinq heures auparavant! Un nouveau chasseur du groupe s’avance alors vers moi et me dit: «Quel talent non, de savoir insulter les gens avec humour et gentillesse pour les stimuler! Chapeau mon vieux» et il me donne une sincère et belle poignée de main. Bien, c’est ça, un des bonheurs d’avoir le privilège de guider des gens tout aussi passionnés que moi dans un réel et bel esprit de camaraderie! Bonnes sorties tout le monde!
Photo 11: le tableau de chasse réussi avec ce beau groupe de joyeux sauvaginiers passionnés!
Photo 12 A et B: une image vaut mille mots, comme le dit le vieil adage bien connu, encore plus deux! Voyez ici le beau festin de fin de sortie de chasse et ces magnifiques sourires, même avec une limite quotidienne de seulement 3 oiseaux par chasseur 😊!